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Si automatiser le déploiement d’une application semble une évidence, sur le terrain, l’enchaînement fluide des étapes de la chaîne CI/CD (Intégration Continue et Déploiement Continu) se heurte souvent à des murs invisibles. Les projets ralentissent, les équipes opérationnelles s’épuisent en mode pompier, et les développeurs perdent un temps précieux à réinventer la roue. Pour une automatisation des déploiements efficace, une nouvelle approche s’impose : la Platform Engineering.
David Michel, expert DevOps chez Inside Group, nous explique pourquoi et comment il est devenu indispensable de traiter sa chaîne CI/CD (lien vers article audit CI/CD) comme un véritable produit pour garantir performance, standardisation et sérénité lors du déploiement d’une application.
Quels sont les principaux problèmes ou freins liés au déploiement des applications ?
Sur le terrain, les obstacles à une automatisation fluide sont rarement techniques : ils sont avant tout organisationnels. Le premier frein concerne l’accès aux ressources et la sécurité. Dans des environnements sécurisés (comme la défense ou le secteur public par exemple), les protocoles stricts exigent des sas de téléchargement ou des scans manuels qui brisent l’automatisation de bout en bout. Avant même de chercher à comprendre comment automatiser le déploiement d’une application de A à Z, il faut d’abord gérer les contraintes internes.
Le second frein majeur est contractuel et structurel. Il n’est pas rare de voir l’Intégration Continue (CI) gérée par l’équipe de développement (le fournisseur), tandis que le Déploiement Continu (CD) relève de la responsabilité du client final. Cette rupture de responsabilité crée des silos. Même si chaque segment est automatisé de son côté, l’absence de communication ou de droits d’accès partagés empêche la fluidité de l’ensemble.
Pour lever les freins au déploiement, il faut faire évoluer les méthodes de travail pour casser les silos, en permettant par exemple aux équipes opérationnelles d’interagir directement avec les outils de déploiement utilisés par les développeurs.
David MICHEL, expert DevOps chez Inside Group
Pourquoi traiter sa chaîne CI/CD comme un produit ? Quels sont les risques de ne pas le faire ?
Traiter la chaîne CI/CD comme un produit, c’est la sortir de l’ombre pour la considérer comme une activité essentielle de la chaîne de valeur de l’entreprise. Cela implique de mettre en place une véritable organisation produit dédiée avec une vision claire, un backlog, un suivi des tâches, des sprints, et surtout une équipe focale responsable de son évolution. Les développeurs internes comme les opérationnels et les exploitants deviennent ainsi les « clients » de ce produit et peuvent formuler des demandes de fonctionnalités spécifiques, avec une visibilité sur les livraisons futures.
Ne pas adopter cette démarche présente un risque majeur de perte de compétitivité. Sans standardisation, chaque projet se débrouille de son côté. Les équipes réinventent la roue, gaspillent du temps en maintenance, et les DevOps, passant d’un projet à l’autre, doivent constamment réapprendre des mécanismes hétérogènes.
Ne pas gérer sa CI/CD comme un produit, c’est gaspiller du temps et risquer une perte de compétitivité silencieuse, où chaque nouvelle application exige de reconstruire ce qui a déjà été fait ailleurs !
David MICHEL, expert DevOps chez Inside Group
Qu’est-ce que l’approche Platform Engineering et comment s’inscrit-elle dans cette démarche produit ?
Le Platform Engineering est la formalisation et l’officialisation de ce besoin de standardisation et d’uniformisation. Son but est de fournir des outils, des services et des workflows prêts à l’emploi pour réduire la charge mentale des développeurs.
Cette approche s’inscrit non seulement dans la démarche produit, mais elle en est l’essence même. La gestion de la chaîne CI/CD en tant que produit est intrinsèque à la définition du Platform Engineering. C’est le marqueur ultime qui prouve qu’une entreprise a cessé de voir l’automatisation comme un bricolage ponctuel pour la traiter comme un service interne à forte valeur ajoutée, mesurable et évolutif.
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Quelle est selon toi la différence fondamentale entre une équipe DevOps et une véritable équipe Platform ?
Historiquement, les DevOps ont souvent été utilisés comme des électrons libres ou des satellites, appelés en urgence pour éteindre des incendies ou débloquer des pipelines défaillants au dernier moment. Ce mode de fonctionnement est épuisant, car ils gèrent de multiples sujets sans priorisation claire.
À l’inverse, l’équipe Platform est plus large, plus structurée et plus sereine. Elle ne se limite pas aux profils DevOps, mais intègre des SRE (Site Reliability Engineers) garants de la stabilité, ainsi que des développeurs chargés de créer l’outillage interne. L’équipe Platform apporte un cadre agile (sprints, démos, rétrospectives) qui donne de la légitimité à l’activité. Le management a ainsi une vision claire de la valeur délivrée, et les experts sortent du mode pompier pour construire une vision à long terme.
Faut-il forcément passer par un portail développeur interne (IDP) pour automatiser efficacement et à l’échelle ?
L’Internal Developer Portal (IDP) est un portail où le développeur peut provisionner des ressources instantanément et en toute autonomie. Il est souvent perçu comme le but ultime en matière d’automatisation.C’est l’immédiateté du service sans l’ouverture du moindre ticket ITSM.
Cependant, il n’est absolument pas obligatoire de commencer par là pour être efficace à l’échelle. Avant de construire un IDP, il est nécessaire de standardiser les processus. Une approche Platform Engineering peut très bien démarrer par des outils simples (comme un formulaire standardisé pour centraliser les requêtes par exemple) afin de structurer les demandes. Construire un portail sans avoir d’abord uniformisé les besoins réels des équipes revient à mettre la charrue avant les bœufs.
L’IDP est un objectif vers lequel tendre, mais on peut être très efficace à l’échelle sans lui. Il faut d’abord standardiser les besoins et les pratiques avant de vouloir développer un portail automatisé complet.
David MICHEL, expert DevOps chez Inside Group
Quelles sont selon toi les étapes clés à mettre en place pour automatiser ce déploiement des applications ?
Lancer une démarche de Platform Engineering est souvent la meilleure réponse pour les équipes qui cherchent à automatiser le déploiement d’une application à grande échelle. Cette démarche doit suivre exactement les mêmes étapes que la création d’un produit logiciel classique. La première étape consiste à mener des interviews avec les utilisateurs finaux pour identifier leurs points de friction et les tâches où ils perdent le plus de temps.
Ensuite, il faut structurer cette recherche via du Story Mapping pour poser les actions, détecter les attentes (outcomes) et prioriser les développements. Face à la diversité des chantiers (processus, standardisation, obsolescence, dette technique…), la clé est l’organisation en sprints. L’équipe peut alors décider de dédier un sprint complet à la réduction de la dette ou d’avancer de manière transversale sur plusieurs sujets. Le mot clé : agilité !
Comment Inside accompagne concrètement ses clients sur ces problématiques ?
Chez Inside, nous abordons la mise en place du Platform Engineering exactement comme la création d’une application sur-mesure, en nous appuyant notamment sur une approche éprouvée : la démarche 4D (Design Deploy Develop DIVA).
Nous accompagnons donc nos clients sur la méthode, mais aussi sur l’humain. En effet, constituer une équipe Platform avec d’anciens experts DevOps habitués à travailler seuls (les fameux électrons libres) demande un véritable accompagnement managérial. Il s’agit de les aider à (ré)apprendre à travailler en équipe, à faire des compromis, et à structurer leur communication via des démonstrations régulières. Nous aidons également l’équipe à asseoir sa légitimité auprès du management avec des métriques claires, comme les métriques DORA pour prouver la valeur générée par la plateforme.